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Coureur détendu s'étirant au lever du soleil pendant la période d'affûtage avant un marathon
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Les deux semaines avant un marathon : l'affûtage (taper)

Sébastien Ross·29 juin 2026·8 min

Vous avez passé les quatre derniers mois à accumuler les kilomètres, à vous lever avant le soleil et à repousser vos limites. Le marathon approche, et pourtant, la meilleure chose que vous puissiez faire dans les deux dernières semaines, c'est d'en faire moins. Beaucoup de coureurs paniquent à cette idée : réduire son volume juste avant la course la plus importante de l'année, ça semble contre-intuitif. C'est pourtant l'un des principes les mieux appuyés par la science de l'entraînement.

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Cette période s'appelle l'affûtage, ou le taper en anglais. Bien géré, il vous permet d'arriver sur la ligne de départ frais, reposé et prêt à donner votre plein potentiel. Mal géré, il peut gâcher des mois de préparation. Voici comment aborder ces deux semaines cruciales, jour par jour, sans tomber dans les pièges classiques.

Qu'est-ce que l'affûtage et pourquoi ça fonctionne

L'affûtage est une réduction progressive de la charge d'entraînement dans les semaines qui précèdent une compétition importante. L'objectif n'est pas de perdre votre condition physique, mais de laisser votre corps récupérer complètement de l'accumulation de fatigue générée par des mois d'entraînement intensif.

Le principe repose sur ce qu'on appelle la surcompensation. Pendant votre préparation, chaque sortie longue et chaque séance d'intervalles crée de micro-dommages musculaires, vide vos réserves de glycogène et sollicite votre système nerveux. Vous vous entraînez dans un état de fatigue chronique, ce qui masque votre véritable niveau de forme. En réduisant la charge, vous donnez enfin au corps le temps de réparer les tissus, de reconstituer les réserves d'énergie et de renforcer les adaptations acquises. Le résultat : vous devenez plus fort pendant que vous vous reposez.

Les études sur le sujet sont assez unanimes. Un affûtage bien mené peut améliorer la performance de 2 à 6 %, ce qui, sur un marathon, peut représenter plusieurs minutes. Pour un coureur qui vise 3 h 30, une amélioration de 3 % correspond à environ six minutes. Ça ne se refuse pas.

Réduire le volume, garder l'intensité

La règle d'or de l'affûtage tient en une phrase : on coupe le kilométrage, mais on garde la vitesse. C'est l'erreur que font beaucoup de coureurs de croire qu'il faut tout ralentir. Au contraire, maintenir un peu d'intensité indique à votre corps de conserver ses adaptations et vous garde alerte.

Concrètement, voici comment répartir la réduction :

  • Réduisez votre volume hebdomadaire total de 40 à 60 % par rapport à votre semaine la plus chargée, sur une période de deux à trois semaines.
  • Diminuez surtout le nombre de kilomètres, pas le nombre de sorties. Il vaut mieux courir souvent et court que rarement et long.
  • Conservez de courtes portions à l'allure marathon ou légèrement plus rapides, par exemple 3 ou 4 kilomètres au rythme visé, pour garder les jambes réactives.
  • Ne remplacez pas la course par de longues séances de vélo ou de musculation intense : l'affûtage concerne la fatigue globale, pas seulement celle liée à la course.

Si votre plan marathon était bien construit, il inclut déjà cette réduction progressive. Faites-lui confiance et résistez à l'envie d'en rajouter.

La dernière sortie longue

Votre plus longue sortie, celle qui approche ou dépasse les 30 kilomètres, devrait avoir lieu trois semaines avant le marathon, pas plus tard. C'est le dernier gros stimulus dont votre corps a besoin, et il faut lui laisser amplement le temps de récupérer.

Deux semaines avant la course, vous pouvez encore faire une sortie longue, mais nettement réduite : de 18 à 24 kilomètres à allure facile suffisent. La fin de semaine précédant immédiatement le marathon, limitez-vous à 12 à 16 kilomètres tranquilles. L'idée n'est plus de construire, mais d'entretenir. Chaque kilomètre supplémentaire à ce stade ajoute de la fatigue sans apporter le moindre bénéfice pour le jour J.

La semaine finale, jour par jour

Voici un exemple de déroulement pour la dernière semaine, en supposant un marathon le dimanche. Ajustez-le à votre réalité, mais la logique reste la même : peu de volume, un soupçon d'intensité en début de semaine, puis du repos.

  • Lundi : repos complet ou 30 minutes de course très facile. Votre corps assimile encore la sortie du week-end.
  • Mardi : 6 à 8 km avec quelques accélérations courtes, par exemple 4 à 6 fois 100 mètres à bonne vitesse. Rien d'épuisant, juste de quoi réveiller les jambes.
  • Mercredi : 5 à 6 km faciles, ou repos si vous vous sentez fatigué.
  • Jeudi : 5 km incluant 2 à 3 km à l'allure marathon pour ancrer le rythme dans les jambes.
  • Vendredi : repos complet. C'est le moment de préparer votre matériel et votre logistique.
  • Samedi : 20 à 30 minutes très faciles avec quelques accélérations, juste pour rester détendu. Certains préfèrent le repos total, les deux fonctionnent.
  • Dimanche : jour de course. Vous êtes prêt.

La charge en glucides

Vos muscles stockent l'énergie sous forme de glycogène, et vos réserves sont limitées : elles s'épuisent typiquement autour du 30e kilomètre, ce fameux mur du marathon. La charge en glucides vise à maximiser ces réserves avant la course.

Pas besoin de la méthode extrême des années 1970 avec sa phase de privation. L'approche moderne est simple : durant les deux ou trois jours précédant la course, augmentez la proportion de glucides dans votre alimentation pour atteindre environ 8 à 10 grammes par kilo de poids corporel par jour. Puisque vous courez moins pendant l'affûtage, vous brûlez moins d'énergie, ce qui favorise le remplissage des réserves.

  • Privilégiez les sources faciles à digérer : riz, pâtes, pain, pommes de terre, flocons d'avoine, bananes.
  • Réduisez un peu les fibres, les matières grasses et les protéines lourdes les deux derniers jours pour éviter les inconforts digestifs.
  • Buvez suffisamment : le glycogène se stocke avec de l'eau, donc une bonne hydratation aide le processus.
  • Ne mangez pas jusqu'à l'inconfort. Charger en glucides ne veut pas dire se gaver.

Pour approfondir la question de l'alimentation avant, pendant et après l'effort, consultez notre guide complet sur la nutrition du coureur.

Le sommeil, votre meilleur allié

Si l'affûtage a un secret, c'est le sommeil. C'est pendant que vous dormez que votre corps répare les tissus et consolide les adaptations. Visez à accumuler du bon sommeil tout au long des deux semaines, pas seulement la veille de la course.

C'est important, car il est fréquent de mal dormir la nuit précédant un marathon : nervosité, réveil très matinal, adrénaline. Cette mauvaise nuit n'aura pas d'impact réel sur votre performance si les nuits antérieures étaient bonnes. C'est le sommeil des jours 3, 4 et 5 avant la course qui compte le plus. Faites-en une priorité dès le début de l'affûtage.

Gérer le stress et les jambes lourdes

Pendant l'affûtage, presque tout le monde traverse une phase étrange où les jambes se sentent lourdes, raides, parfois même douloureuses. On appelle ça parfois les jambes de taper. Rassurez-vous : c'est parfaitement normal et ce n'est pas un signe de mauvaise forme.

Ce phénomène s'explique par le changement soudain de charge. Votre corps, habitué à un stimulus quotidien important, réagit à la baisse d'activité. Les muscles amorcent leur processus de réparation profonde et peuvent se sentir bizarres. Ça passera, souvent juste à temps pour la course.

Sur le plan mental, l'affûtage joue aussi des tours. Avec moins de course, on rumine davantage, on doute, on scrute chaque petite sensation. Voici quelques repères :

  • Acceptez que le doute fasse partie du processus. Presque tous les marathoniens le vivent.
  • Résistez à l'envie de tester votre forme par une séance rapide de dernière minute. Ça ne prouve rien et ça ajoute de la fatigue.
  • Occupez votre esprit : préparez votre plan de course, visualisez le parcours, relisez vos objectifs.
  • Une petite courbature ou une sensation inhabituelle est presque toujours bénigne. Le corps envoie des signaux étranges quand il récupère.

Quoi manger la veille

La veille de la course, votre repas principal devrait être pris plutôt au dîner ou en début de soirée, pas trop tard, pour laisser le temps à la digestion. Optez pour un repas riche en glucides, modéré en gras et en protéines, et sans surprise.

  • Un classique éprouvé : pâtes avec une sauce tomate simple, un peu de poulet ou de parmesan, du pain.
  • Évitez absolument les aliments nouveaux, très épicés, très gras ou très riches en fibres.
  • Ne buvez pas d'alcool : il nuit au sommeil et à l'hydratation.
  • Préparez une petite collation pour le matin et gardez de l'eau à portée de main.

La règle absolue : rien de nouveau la veille ni le matin de la course. Mangez ce que vous avez déjà testé lors de vos sorties longues.

La logistique du matin de course

Un bon marathon se prépare aussi dans les détails de la dernière matinée. Réduisez le stress en planifiant tout à l'avance :

  • Préparez vos vêtements, votre dossard, vos épingles, vos gels et votre montre la veille au soir.
  • Déjeunez 2 h 30 à 3 h avant le départ : quelque chose de familier et riche en glucides, comme des rôties avec du beurre d'arachide et une banane, ou du gruau.
  • Arrivez tôt sur le site pour éviter la panique liée au stationnement, aux toilettes et aux longues files.
  • Habillez-vous en fonction de la météo québécoise, qui peut être fraîche au départ. Un vieux chandail à jeter au coup de départ est une astuce précieuse pour les matins frisquets.
  • Prévoyez d'aller aux toilettes tôt, car les files s'allongent vite avant le départ.

Les erreurs classiques à éviter

L'affûtage semble simple, mais c'est justement là que beaucoup de coureurs dérapent. Voici les pièges les plus fréquents :

  • En faire trop : ajouter des séances ou du kilométrage par peur de perdre sa forme. Vous ne perdrez rien en deux semaines de repos relatif. Vous ne pouvez qu'ajouter de la fatigue inutile.
  • Trop se reposer : couper complètement toute course pendant deux semaines. Le repos total endort les jambes et laisse une sensation de lourdeur. Gardez de courtes sorties avec un peu d'intensité.
  • Tester du nouveau matériel : des souliers neufs, des bas différents, une nouvelle marque de gel. Le jour du marathon n'est jamais le moment d'essayer quoi que ce soit. Tout doit être rodé.
  • Changer son alimentation radicalement : une charge en glucides mal maîtrisée ou des aliments inhabituels peuvent causer des ennuis digestifs. Restez dans le connu.
  • Partir trop vite le jour J : le repos donne des ailes et on se sent invincible au départ. Contrôlez votre allure dans les premiers kilomètres, sinon l'affûtage n'aura servi à rien.

Conclusion

L'affûtage, c'est l'art de faire confiance au travail déjà accompli. Après des mois de discipline, ces deux dernières semaines vous demandent surtout de lâcher prise, de vous reposer et de laisser votre corps révéler la forme que vous avez patiemment construite. Réduisez le volume, gardez un peu d'intensité, dormez bien, mangez ce que vous connaissez et évitez les expérimentations de dernière minute. Le reste suivra sur la ligne de départ.

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