

Terry Fox est probablement le coureur le plus emblématique de l'histoire du Canada. Pas parce qu'il a battu un record du monde — il n'en a jamais battu — mais parce qu'il a couru un marathon par jour, pendant 143 jours, avec une jambe artificielle, tout en sachant qu'il avait le cancer. Son Marathon de l'espoir s'est arrêté avant la fin, mais le mouvement qu'il a lancé continue 45 ans plus tard et a permis d'amasser plus d'un milliard de dollars pour la recherche contre le cancer.
Pour les coureurs québécois, son histoire reste une référence incontournable. La Course Terry Fox annuelle, organisée dans plus d'une cinquantaine de communautés au Québec chaque mois de septembre, est l'occasion de redécouvrir le parcours hors-norme d'un jeune homme qui, à 21 ans, a décidé qu'il ne resterait pas sur la touche.
Terrance Stanley Fox naît le 28 juillet 1958 à Winnipeg, au Manitoba. Sa famille déménage en Colombie-Britannique quand il est encore enfant, et c'est à Port Coquitlam, en banlieue de Vancouver, qu'il grandit. Sportif passionné, il joue au basketball et au baseball à l'école secondaire malgré une taille modeste. Cette détermination — refuser que des contraintes physiques dictent ce qu'il peut accomplir — annoncera la suite.
En novembre 1976, à 18 ans, Terry est impliqué dans un accident de la route. La douleur au genou droit qu'il ressent ensuite ne disparaît jamais complètement. En mars 1977, le diagnostic tombe : ostéosarcome, un cancer agressif des os. Une semaine plus tard, sa jambe droite est amputée à environ 15 cm au-dessus du genou.
À l'hôpital, durant sa chimiothérapie, il côtoie d'autres patients atteints du cancer — particulièrement des enfants. Cette expérience le marque profondément. Il décide qu'il fera quelque chose pour eux.
En 1979, après 14 mois d'entraînement, Terry parcourt en marche-course son premier marathon à Prince George, en Colombie-Britannique. Sa prothèse — une lame métallique rudimentaire pour l'époque, sans le confort des prothèses modernes en fibre de carbone — produit une démarche très particulière : deux petits sauts sur la jambe valide, puis un appui sur la prothèse. Cette mécanique fatigante laissera des ampoules, des saignements et des kystes osseux tout au long du parcours suivant.
Terry a un plan ambitieux : traverser le Canada à la course, de Terre-Neuve à la Colombie-Britannique, environ 8 000 km, pour amasser 1 dollar pour chaque Canadien (24 millions de dollars à l'époque) au profit de la recherche contre le cancer. Quand il en parle à son entourage, la plupart pensent que c'est impossible. Il persiste.
Le 12 avril 1980, Terry trempe sa prothèse dans l'océan Atlantique à Saint-Jean, à Terre-Neuve. Il prend deux petites bouteilles d'eau de mer : une qu'il vide en route, l'autre qu'il prévoit verser dans le Pacifique à la fin. Il part avec un fourgon, son ami d'enfance Doug Alward comme chauffeur, et très peu d'attention médiatique. Personne ne parle encore de lui.
Le rythme qu'il s'impose est brutal : environ 42 km par jour, soit l'équivalent d'un marathon complet, sept jours sur sept. Il se réveille à 4 h, court jusqu'au milieu de la journée, mange, fait des entrevues, repart courir, et finit avant la noirceur. Pas de jour de repos.
Les premières semaines sont éprouvantes : tempêtes de neige aux Maritimes, indifférence des médias, peu de dons. Tout change au Québec. Quand Terry traverse Montréal en juin, l'attention nationale décolle : reportages télé, foules qui l'attendent, dons qui affluent. À partir de Toronto, c'est un raz-de-marée populaire. Les villes s'organisent pour l'accueillir, les écoles font la queue pour le voir passer.
Le 1er septembre 1980, à la sortie de Thunder Bay, en Ontario, Terry doit s'arrêter. Il a couru 5 373 km en 143 jours — l'équivalent de 128 marathons consécutifs. Une toux persistante qu'il avait depuis quelques jours s'avère bien plus grave qu'un rhume : le cancer s'est propagé à ses poumons. L'image de sa conférence de presse, ce jour-là, où il annonce qu'il doit interrompre le parcours en pleurant mais sans abandonner l'objectif — « si je ne le finis pas, quelqu'un d'autre le finira » — marque tout le pays.
Terry Fox meurt le 28 juin 1981 à New Westminster, en Colombie-Britannique. Il a 22 ans, moins de 10 mois après avoir cessé de courir. Avant son décès, le pays s'est mobilisé : un téléthon CTV organisé en septembre 1980 amasse plus de 10 millions de dollars en une soirée. Et l'objectif initial — 1 dollar par Canadien, soit 24 millions — est atteint en février 1981, quelques mois avant qu'il ne s'éteigne.
La première Course Terry Fox a lieu le 13 septembre 1981, trois mois après sa mort. Plus de 300 000 personnes y participent dès cette première année, amassant 3,5 millions de dollars. Depuis, l'événement se tient chaque deuxième dimanche de septembre dans des centaines de communautés au Canada — et dans plus de soixante pays à travers le monde.
Le format est volontairement simple : pas d'inscription compétitive, pas de chrono, pas de prix. Tu marches, tu cours, tu pédales ou tu pousses un fauteuil. La distance varie selon les villes (souvent 1 km, 5 km ou 10 km). C'est l'inverse total d'une course de performance : tout le monde est égal, et ce qui compte c'est de participer.
En février 2026, le total cumulé des dons amassés au nom de Terry Fox dépasse 1 milliard de dollars canadiens, principalement versés au Terry Fox Research Institute. C'est le plus important effort philanthropique d'origine populaire de l'histoire du Canada pour la recherche contre le cancer.
Le visage de Terry Fox figure sur des pièces de monnaie canadiennes (le dollar de 2005, des pièces commémoratives). Plus de quatorze écoles, neuf parcs, deux routes, un mont en Colombie-Britannique et un brise-glace de la Garde côtière portent son nom. Une statue en bronze se dresse devant la Colline du Parlement à Ottawa, à côté de celle du Monument national de la guerre.
Le passage de Terry au Québec, en juin 1980, est un tournant. C'est ici que les médias francophones s'emparent pour la première fois de l'histoire et que l'attention nationale décolle. Plusieurs municipalités québécoises ont une plaque commémorative ou une rue portant son nom pour marquer son passage. La Fondation Terry Fox publie chaque année la liste des courses québécoises participantes.
L'histoire de Terry Fox rappelle ce que le 5K, le 10K ou le marathon peuvent signifier au-delà du chrono. Beaucoup de coureurs québécois s'inscrivent à des courses caritatives — la Course Pharmaprix pour les femmes, le Marathon de Montréal en soutien à diverses causes, ou justement la Course Terry Fox — précisément parce que le geste sportif y devient porteur d'autre chose.
L'événement se tient le deuxième dimanche de septembre dans plus d'une cinquantaine de communautés québécoises : Montréal, Québec, Sherbrooke, Trois-Rivières, Gatineau, Saguenay, Drummondville et plusieurs petites villes. L'inscription est sans frais : on suggère plutôt un don, et chaque dollar va à la recherche. Les enfants et les familles sont particulièrement bien accueillis — c'est l'une des rares courses où une poussette, une chaise roulante ou un chien tenu en laisse fait partie intégrante de l'événement.
Terry Fox n'a couru qu'une seule fois, pendant 143 jours. Mais ce qu'il a déclenché — une course annuelle dans soixante pays, plus d'un milliard de dollars pour la recherche, une plaque devant le Parlement — démontre qu'un seul geste sportif, mené avec conviction et persévérance, peut transformer durablement la société. Pour un coureur québécois, courir un 5K en septembre, c'est s'inscrire dans cette continuité.
Source biographique principale : article Terry Fox sur Wikipedia (consulté en juin 2026). Images via Wikimedia Commons — voir attributions individuelles sous chaque photo.
Le calendrier des courses caritatives et thématiques au Québec, y compris la Course Terry Fox annuelle de septembre.
Image vedette : Simon Fraser University — Communications & Marketing, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons. Photos dans l'article : domaine public (Jeremy Gilbert pour la photo Toronto 1980, Gbuchana pour la prothèse).