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Coureur de trail descendant un sentier technique en montagne au Québec
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Technique de course en montée et en descente (trail)

Sébastien Ross·16 juin 2026·8 min

En trail, le dénivelé change tout. Sur la route, on cherche à maintenir une allure régulière du départ à l'arrivée ; en sentier, le terrain impose son rythme et il faut apprendre à composer avec les montées qui brûlent les cuisses et les descentes qui font trembler les genoux. Deux coureurs ayant la même condition physique peuvent afficher des chronos très différents sur un parcours vallonné, simplement parce que l'un maîtrise sa technique de montée et de descente et que l'autre la subit.

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La bonne nouvelle, c'est que ces habiletés s'apprennent. Grimper efficacement et descendre en confiance ne sont pas des dons réservés aux athlètes d'élite : ce sont des gestes précis qu'on peut travailler et améliorer, sortie après sortie. Cet article vous propose des repères concrets pour économiser de l'énergie en montée, gagner de l'assurance en descente et aborder les terrains techniques du Québec avec plus de contrôle. Si vous faites vos premiers pas hors route, jetez d'abord un oeil à notre guide pour débuter le trail.

La montée : monter sans se vider

La montée est le moment où le trail se gagne ou se perd sur le plan énergétique. Bien des coureurs attaquent les côtes trop fort et le paient cher plus loin. L'objectif n'est pas d'aller vite à tout prix, mais d'avancer au meilleur rapport entre l'énergie dépensée et la distance gagnée.

Marcher ou courir : une question d'efficacité

Contrairement à ce que l'ego pourrait dicter, marcher en montée n'est pas un aveu de faiblesse. C'est souvent le choix le plus intelligent. Au-delà d'une certaine pente, la marche rapide devient aussi rapide que la course, tout en consommant beaucoup moins d'énergie et en sollicitant moins le système cardiovasculaire. Les meilleurs traileurs du monde marchent dans les côtes raides ; ils savent que l'énergie économisée servira ailleurs.

Quelques repères pour décider quand basculer de la course à la marche :

  • Sur une pente douce, courir reste généralement avantageux tant que votre respiration demeure contrôlée.
  • Dès que votre cadence chute, que vos foulées raccourcissent à l'extrême et que votre coeur s'emballe, passez à la marche : vous perdez peu de vitesse et vous récupérez énormément.
  • Sur les longues distances comme un 50 km, marcher stratégiquement dans les montées permet de garder du jus pour la seconde moitié du parcours.
  • Fiez-vous à votre respiration plus qu'à votre fierté : si vous ne pouvez plus dire quelques mots, vous êtes probablement au-dessus de l'effort optimal.

La posture en montée

Que vous couriez ou marchiez, la posture fait toute la différence dans une côte. L'erreur classique consiste à se casser en deux à la taille, ce qui écrase la cage thoracique et gêne la respiration. On cherche plutôt à incliner légèrement tout le corps vers l'avant, à partir des chevilles, en gardant le dos droit et le regard porté quelques mètres devant.

  • Raccourcissez vos foulées : de petits pas rapprochés coûtent moins cher que de grandes enjambées qui obligent les cuisses à un effort explosif.
  • Poussez sur l'avant du pied et déroulez bien la cheville pour utiliser le mollet comme ressort.
  • Dans les pentes raides, adoptez le power hiking : posez les mains sur le haut des cuisses et poussez à chaque pas. Vous transformez vos bras en appui supplémentaire et vous soulagez les jambes, tout en stabilisant le tronc.
  • Gardez la tête haute et les épaules relâchées ; une nuque crispée gaspille de l'énergie inutilement.

Respiration et gestion de l'effort

La montée est un exercice de patience. Le réflexe est d'accélérer pour en finir au plus vite, mais c'est justement là que l'on creuse un trou d'énergie difficile à combler. Adoptez plutôt une respiration ample et rythmée, en synchronisant idéalement votre souffle avec vos pas pour trouver une cadence régulière.

Pensez en termes d'effort constant plutôt que de vitesse constante : dans une côte, il est normal de ralentir. Ce qui compte, c'est de rester sous votre seuil. Si vous sentez le souffle vous manquer, ralentissez immédiatement ; quelques secondes de trop dans le rouge peuvent gâcher les kilomètres suivants.

L'usage des bâtons

Sur les parcours très montagneux ou les longues distances, les bâtons de trail deviennent de précieux alliés. Bien utilisés, ils répartissent l'effort sur le haut du corps et réduisent la charge sur les jambes.

  • En montée, plantez les bâtons devant vous et poussez pour vous propulser vers le haut ; le mouvement des bras soulage les quadriceps et les mollets.
  • Ajustez la longueur : des bâtons un peu plus courts sont souvent préférables dans les pentes raides.
  • Entraînez-vous avant le jour de la course. Manier des bâtons demande de la coordination, et une technique maladroite fait perdre plus qu'elle ne rapporte.
  • Vérifiez toujours le règlement de l'épreuve : certaines courses en autorisent l'usage, d'autres non.

La descente : descendre en confiance

Si la montée éprouve le coeur et les poumons, la descente met à l'épreuve les jambes, les nerfs et la technique. C'est paradoxalement la partie que la plupart des coureurs redoutent le plus, alors que c'est là que se cachent le plus de secondes à gagner. Bien descendre, c'est apprendre à lâcher prise tout en gardant le contrôle.

Apprivoiser la peur

La peur de la descente est parfaitement normale : notre cerveau nous freine par instinct de protection. Le problème, c'est qu'un coureur crispé et penché vers l'arrière est justement un coureur qui chute plus facilement. En se retenant, on bloque les jambes, on martèle le sol des talons et on augmente le risque de perdre l'équilibre.

La confiance vient avec la répétition. Commencez par des descentes douces et sécuritaires, augmentez progressivement l'inclinaison et la vitesse, et laissez votre assurance se construire naturellement. Personne ne devient bon descendeur en une sortie.

La posture en descente

Contrairement à l'instinct, il ne faut pas se pencher vers l'arrière pour freiner. C'est en gardant le corps aligné, voire légèrement incliné vers l'avant, qu'on descend le mieux. Voici les repères d'une bonne posture :

  • Portez le regard loin devant, sur trois à cinq mètres, pas sur vos pieds. Votre cerveau anticipe ainsi le terrain et prépare vos appuis à l'avance.
  • Inclinez très légèrement le buste vers l'avant, dans l'axe de la pente, plutôt que de vous rejeter en arrière.
  • Écartez les bras comme un funambule : ils deviennent vos balanciers pour ajuster l'équilibre à chaque appui.
  • Gardez le tronc gainé et les hanches actives ; c'est votre centre de gravité qui pilote la descente.

Foulée courte, appuis souples

La clé d'une descente fluide tient dans une foulée courte et rapide. Les grandes enjambées où l'on freine sur le talon envoient des chocs brutaux dans les genoux et cassent le rythme. On cherche plutôt une cadence élevée, avec des pas légers qui touchent le sol brièvement.

  • Augmentez votre cadence : multipliez les petits appuis rapides plutôt que de vous jeter d'un grand pas à l'autre.
  • Posez le pied sous votre centre de gravité, à plat ou légèrement sur l'avant, pour absorber l'impact au lieu de le subir.
  • Gardez les jambes légèrement fléchies : des genoux souples agissent comme des amortisseurs, des jambes raides transmettent tous les chocs.
  • Restez léger et réactif ; imaginez que vous effleurez le sol plutôt que de le marteler.

Choisir sa ligne

Un bon descendeur lit le terrain à l'avance et choisit sa trajectoire. Grâce au regard porté loin, vous repérez les obstacles et sélectionnez la meilleure ligne : contourner une roche glissante, viser une zone de terre meuble, éviter la boue profonde. Anticiper évite les arrêts brusques et les changements de direction paniqués qui déséquilibrent.

Avec l'expérience, vous saurez aussi repérer les sections où l'on peut se laisser aller un peu plus vite parce que le terrain le permet, tout en gardant une marge de sécurité pour réagir à l'imprévu.

Protéger les quadriceps et les genoux

En descente, ce sont les quadriceps qui travaillent le plus fort, en contraction excentrique, c'est-à-dire en freinant à chaque appui. C'est ce type d'effort qui laisse les cuisses en compote le lendemain d'une course de trail et qui, mal géré, mène aux douleurs de genou.

  • Une foulée courte et une pose de pied sous le corps réduisent la force de freinage encaissée par les quadriceps.
  • Ne descendez pas raide : des jambes fléchies répartissent l'effort sur plus de muscles et ménagent les articulations.
  • Habituez progressivement vos cuisses à l'effort excentrique à l'entraînement ; c'est le meilleur moyen d'éviter les mauvaises surprises. Notre article sur la façon de prévenir les blessures complète bien ces conseils.

Le terrain technique : racines, roches et boue

Les sentiers québécois regorgent de racines, de roches et de sections boueuses, surtout au printemps et après la pluie. Ces terrains techniques exigent vigilance et adaptation, mais ils deviennent presque ludiques une fois qu'on en maîtrise les codes.

  • Racines : évitez de poser le pied dessus quand elles sont mouillées, car elles glissent comme du verglas. Enjambez-les ou posez le pied dans les espaces entre elles.
  • Roches : privilégiez les surfaces sèches et rugueuses, et posez le pied bien à plat pour maximiser l'adhérence. Un appui bref et précis vaut mieux qu'un appui hésitant.
  • Boue : cherchez les bords du sentier plus fermes, raccourcissez la foulée et gardez la cadence pour ne pas rester coincé. Acceptez de vous salir plutôt que de vous étirer dangereusement pour l'éviter.
  • Dans tous les cas, gardez les yeux devant et les appuis légers : sur terrain technique, la vitesse de décision compte plus que la vitesse pure.

Le renforcement spécifique

La technique ne suffit pas si les muscles ne suivent pas. Un corps préparé encaisse mieux les montées et les descentes, et récupère plus vite. Quelques exercices ciblés, intégrés une ou deux fois par semaine, transforment vos sensations en sentier :

  • Squats et fentes pour renforcer les quadriceps et les fessiers, moteurs de la montée et amortisseurs de la descente.
  • Descentes de marches ou d'escaliers en contrôle pour habituer les quadriceps au travail excentrique.
  • Montées d'escaliers ou de côtes en répétitions pour développer la puissance en grimpe.
  • Exercices de gainage et d'équilibre sur une jambe pour stabiliser le tronc et les chevilles sur terrain instable.
  • Travail de mobilité des chevilles, essentiel pour absorber les appuis irréguliers.

Les erreurs fréquentes

Certaines fautes reviennent souvent chez les traileurs qui débutent avec le dénivelé. Les connaître, c'est déjà à moitié les corriger :

  • Attaquer les montées trop vite et se retrouver dans le rouge dès le début du parcours.
  • Refuser de marcher par orgueil, alors que le power hiking serait plus rapide et bien moins coûteux.
  • Se pencher vers l'arrière et freiner sur les talons en descente, ce qui augmente les chocs et le risque de chute.
  • Fixer ses pieds au lieu de regarder loin devant, et donc réagir trop tard aux obstacles.
  • Descendre avec des jambes raides et de grandes enjambées qui massacrent les quadriceps et les genoux.
  • Négliger le renforcement et l'entraînement en dénivelé, puis s'étonner d'avoir les cuisses en feu le jour de la course.

Conclusion

Monter et descendre efficacement, ce n'est pas une affaire de talent inné, mais d'apprentissage patient : de petits pas économes et une respiration maîtrisée en montée, un regard porté loin et une foulée courte et souple en descente. Ajoutez-y un peu de renforcement spécifique et beaucoup de répétition sur le terrain, et vous verrez vos sensations se transformer, côte après côte. La meilleure façon de progresser reste de mettre ces principes à l'épreuve dans de vraies conditions : consultez le calendrier des courses au Québec pour trouver votre prochaine course de trail et transformer vos montagnes en terrains de jeu.

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Photo : Pexels

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