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Il existe une idée tenace dans le monde de la course à pied : pour être un vrai coureur, il faudrait courir sans jamais s'arrêter. C'est probablement l'un des mythes les plus décourageants pour quiconque commence, parce qu'il transforme chaque sortie en épreuve tout ou rien. Or, la réalité de l'entraînement est bien plus nuancée, et beaucoup plus accueillante. Alterner des périodes de course et des périodes de marche n'est pas un aveu de faiblesse : c'est une stratégie intelligente, validée par des milliers de coureurs, du débutant complet jusqu'au marathonien chevronné.
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Cette approche porte un nom : la méthode course-marche, popularisée à grande échelle par l'entraîneur américain et ancien olympien Jeff Galloway. Le principe est d'une simplicité désarmante : plutôt que de courir jusqu'à l'épuisement, on insère des pauses de marche planifiées, dès le départ, avant même de ressentir la fatigue. Le résultat surprend souvent les gens : on va plus loin, on se sent mieux, et on récupère plus vite. Voyons comment appliquer cette méthode et pourquoi elle fonctionne aussi bien, autant pour débuter que pour progresser.
La méthode consiste à découper ta sortie en intervalles réguliers : tu cours pendant une durée définie, puis tu marches pendant une autre durée, et tu répètes ce cycle du début à la fin de l'entraînement. Par exemple, un débutant pourrait courir une minute, marcher deux minutes, et recommencer une vingtaine de fois. L'important, c'est que la pause de marche soit prévue et prise systématiquement, pas seulement quand tu es à bout de souffle.
C'est justement ce qui distingue la méthode Galloway d'une simple gestion de la fatigue. En prenant la pause avant d'être épuisé, tu conserves de l'énergie tout au long du parcours. Tu ne cours pas moins vite : tu cours plus intelligemment. La marche n'est pas une punition ni un échec, c'est un outil de récupération active intégré à ta séance.
Cette méthode n'est pas une béquille temporaire qu'on abandonne dès qu'on est en forme. Elle repose sur des principes physiologiques solides qui profitent à tous les niveaux.
Le coeur de la méthode, c'est le ratio entre le temps de course et le temps de marche. Il n'existe pas de ratio universel : il évolue avec ta condition physique. Voici des repères concrets pour te situer.
Le meilleur ratio est celui qui te permet de finir ta sortie en te sentant capable d'en faire un peu plus. Si tu termines complètement vidé, réduis le temps de course ou allonge la marche. Il n'y a aucune honte à revenir à un ratio plus prudent : c'est de l'intelligence d'entraînement, pas un recul.
Passer de la théorie à la pratique demande quelques réglages simples. Voici comment structurer une sortie type.
Si tu débutes complètement, je te recommande de jeter un oeil à notre guide pour débuter la course, qui pose les bases avant même d'aborder les ratios. Et quand tu voudras structurer tes semaines vers un objectif précis, notre programme premier 5 km intègre naturellement l'alternance course-marche.
Compter les minutes dans sa tête pendant qu'on court, c'est vite fatigant et peu fiable. Heureusement, plusieurs outils font le travail à ta place.
L'idée est de te libérer l'esprit. Une fois les signaux réglés, tu n'as plus qu'à écouter et à profiter de ta sortie sans surveiller ta montre constamment.
La progression se fait en ajustant un seul paramètre à la fois, jamais tout en même temps. Trois leviers sont à ta disposition : allonger la durée totale de la sortie, augmenter le temps de course dans chaque intervalle, ou raccourcir le temps de marche.
Une bonne règle est de ne pas augmenter ton volume total de plus de dix pour cent d'une semaine à l'autre. Par exemple, tu peux passer plusieurs semaines à un ratio 1:1 en ajoutant simplement quelques minutes à ta durée totale, avant de tenter le 2:1. Écoute ton corps : une légère fatigue est normale, une douleur qui persiste ne l'est pas. Il vaut mieux progresser lentement et rester constant que de brûler les étapes et se retrouver blessé sur le carreau.
Voici ce qui étonne le plus les gens : la méthode course-marche ne sert pas qu'aux débutants. Elle est utilisée par des coureurs qui bouclent des demi-marathons et des marathons, y compris pour améliorer leurs temps. Jeff Galloway lui-même a mené d'innombrables coureurs jusqu'au marathon avec cette approche.
Sur une longue distance, les pauses de marche stratégiques préviennent le fameux mur, ce moment où les réserves s'effondrent. En ménageant l'énergie dès les premiers kilomètres, beaucoup de coureurs constatent qu'ils terminent plus vite et en meilleure forme qu'en courant sans arrêt et en s'écroulant dans le dernier tiers. La marche prise aux postes de ravitaillement permet aussi de boire correctement et de s'alimenter sans s'étouffer. Sur un marathon, une pause de trente secondes toutes les quelques minutes coûte beaucoup moins de temps qu'on l'imagine, et elle en fait gagner énormément en fin de course.
Le mythe le plus répandu, c'est que marcher pendant une course serait tricher ou serait le signe qu'on n'est pas un vrai coureur. C'est tout simplement faux. Un coureur, c'est quelqu'un qui court, peu importe la façon dont il structure son effort. Les pauses de marche font partie d'une stratégie assumée, exactement comme un cycliste qui gère ses vitesses dans une montée.
Ici, la météo impose ses règles, et la méthode course-marche est un précieux allié dans les deux extrêmes de notre calendrier.
Par temps chaud et humide, en plein coeur de juillet, le corps peine à évacuer la chaleur et la fréquence cardiaque grimpe plus vite. Les pauses de marche deviennent alors une soupape de sécurité : elles font baisser la température corporelle, réduisent le stress cardiaque et te donnent le temps de boire. Par forte chaleur, n'hésite pas à revenir à un ratio plus généreux en marche, même si tu es habituellement plus avancé.
Par temps froid hivernal, l'enjeu est différent. Sur la neige, la glace ou la gadoue, courir en continu augmente le risque de glissade quand la fatigue s'installe et que la vigilance baisse. Les pauses de marche te permettent de reprendre ton équilibre, d'évaluer le terrain et de garder une foulée sûre et courte. Elles évitent aussi de trop transpirer, ce qui est important quand il fait très froid, car un vêtement humide refroidit vite le corps une fois l'effort ralenti.
La méthode course-marche n'est pas un raccourci ni une version au rabais de la course. C'est une façon intelligente, durable et accessible de bâtir ta forme, de rester en santé et de prendre plaisir à courir, saison après saison. Que tu vises ton tout premier kilomètre ou un marathon complet, l'alternance course-marche a une place dans ta pratique. Commence prudemment, sois constant, ajuste tes ratios au fil des semaines et laisse la marche travailler pour toi plutôt que contre toi. Et quand tu te sentiras prêt à te lancer un défi concret, va explorer le calendrier des courses au Québec : tu y trouveras des épreuves pour tous les niveaux, du 5 km convivial au marathon, parfaites pour mettre ta méthode à l'épreuve. On se voit sur la ligne de départ.
Explore le calendrier complet des courses, les parcours GPS et les outils gratuits de CourseQuébec.
Photo : Pexels